Le plus souvent associées au sinistre Dracula, les Carpates sont au-delà de ce cliché l’une des régions les plus multiethniques au monde. Dans les années 1960, le cinéaste Paradjanov met en lumière les habitants des Carpates ukrainiennes: les Houtsouly.
Le plus souvent associées au sinistre Dracula, les Carpates (1) sont au-delà de ce cliché l’une des régions les plus multiethniques au monde. Partagées entre la Roumanie, la Slovaquie, la Pologne et l’Ukraine, elles abritent depuis des siècles des peuples de montagnards, aux mœurs et coutumes uniques en leur genre.
Dans les années 1960, le célèbre cinéaste Sergueï Paradjanov (2) met en lumière les habitants des Carpates ukrainiennes, les Houtsouls (3). Zone interdite aux étrangers à l’époque soviétique, leur terroir (Houtsoultchyna) devient le majestueux décor du film culte «Les Chevaux de Feu». Sur fond de grandeur sauvage, on y découvre un univers mystique et vertigineux, source de nombreuses légendes et de fictions.
Avec les Boïkos (4) et les Lemkos (5), les Houtsouls appartiennent au groupe ethnique des Carpatho-Rusyny. Ils se seraient installés sur les flancs nord des Carpates à partir du XIVe. Une société houtsoule composée pour l’essentiel de bergers et de bûcherons, commence à se distinguer aux XVIIe et XVIIIe siècles. Animés d'une grande croyance religieuse, les Houtsouly développent par ailleurs des traits socio-culturels originaux, basés notamment sur un artisanat coloré.
Des broderies aux instruments de musique comme la "trembita" ou la "drymba", en passant par les "pysanky" (œufs peints) et autres travaux sur bois, ces traditions constituent l’essence de l’identité houtsoule et participent activement à la représentation du folklore ukrainien, l’un des plus riches au monde. Malgré l’occupation de leur région par des forces étrangères tout au long de leur histoire, les Houtsouly ont su préserver leur style de vie traditionnel en tant que groupe ethno-culturel, sans être jamais reconnu cependant comme minorité.
Aujourd’hui, la modernité gagne doucement cette région d’Ukraine qui n’échappe pas aux problèmes économiques du pays. Les jeunes générations regardent l’Occident, mais fiers de leur culture, les Houtsouly revendiquent leur identité, devenue à la mode ces derniers temps grâce à la chanteuse pop ukrainienne Rouslana.
A Kosmatch, village coloré de 8000 âmes, les mœurs évoluent mais la population reste avant tout attachée à la liberté et à l’amour de ses montagnes, désormais à une centaine de kilomètres seulement de l’Union européenne.
© Cyril Horiszny
(1) Carpates ou Carpathes
(2) Paradjanov ou Paradzhanov.
(3) Houtsouls ou Houtsoules (Goutsoul ou Goutsoules). Houtsouly (en ukrainien).
(4) Boïkos ou Boykos. Boïky ou Boyky (en ukrainien)
(5) Lemky (en ukrainien)